Ces années (pas si) perdues

vendredi, novembre 11, 2016


Quand on fait le choix de s'expatrier loin et longtemps, on ne sait pas trop quand et combien de fois on va voir sa famille, enfin si on s'en doute mais on préfère ne pas trop y penser parce que partir (même quand c'est voulu et mûrement réfléchi) c'est déjà assez dur comme ça.

Alors on fait ses bagages, on ravale ses larmes et on dit au revoir en ajoutant un à bientôt pas très très convaincant. Mais on sourit aussi parce qu'on ne veut pas perdre la face. En tout cas, pas devant eux

Je me suis expatriée trois fois et pendant ces dix années à l'étranger, j'ai fait un paquet d'aller-retour entre ici et là-bas. Je rentrais une fois par an, parfois moins. J'avais besoin de cet éloignement, de cette distance. J'avais besoin de me trouver ailleurs et toute seule. Ce n'était pas un caprice d'enfant gâté, c'est juste que je pouvais pas rester, c'est tout. 

J'ai souvent utilisé skype, des amis sont venus me voir, mon père et ma soeur aussi, j'ai envoyé des photos à mutti, je suis restée en contact sans trop de difficulté parce que j'avais besoin de ce lien, je l'ai entretenu comme la prunelle de mes yeux. Et puis au fil du temps la distance est devenue trop importante et j'ai eu besoin de rentrer. Pas comme ça, du jour au lendemain, mais peu à peu. 

Alors je suis rentrée.  

Ce n'est pas évident de retrouver sa place mais il faut surtout éviter de penser qu'on aie pu la perdre. Je n'arrêtais pas de me demander comment j'allais faire pour rattraper toutes ces années perdues. J'avais peur d'être devenue une étrangère, alors au début c'est drôle, on prend un peu des gants pour se parler, parfois on est maladroit, on se fait un peu du mal aussi mais on sait qu'au fond tout ira bien. 

Depuis mon retour je vois souvent mes parents et ma soeur, je suis contente parce ce que finalement rien a changé, on se moque toujours les uns des autres, on se chamaille de temps en temps mais c'est mieux qu'avant. Je me dis aussi que je ne profiterais pas autant d'eux si je n'étais pas partie.

En fait, pendant toutes ces années, je n'ai rien perdu du tout, bien au contraire.

6 commentaires

  1. je pense aussi qu'au contraire, ces éloignements, d'une certaine manière, rapprochent...

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    1. C'est vrai, c'est tout le paradoxe et en même temps non, parfois l'éloignement fait du bien :)

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  2. Je suis d'accord aussi avec La Carne, parfois (cela dépend de plein de facteurs) mais les éloignements peuvent rapprocher parce que c'est en s'éloignant qu'on se rend compte de les personnes qui comptent pour nous et pour qui on compte nous...

    Article très intéressant !
    Belle journée !

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    1. Merci Margarida ! Oui, partir pour mieux se retrouver ! :)

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  3. C'est drôle que de parler d'années perdues... Peut être pour les autres de ne pas avoir pu profiter de toi, mais c'est tellement enrichissant de vivre sa vie de citoyen(ne) du monde ! :) en tout cas chapio !

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    1. Si on me laissait le choix, je referais tout de la même façon ! Merci pour ton commentaire :)

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