Bondrée d'Andrée A. Michaud

mardi, janvier 05, 2016



She is back! Irène c'est ma copine qui habite toujours à Toronto. C'est celle qui écrit de super critiques de livre, comme celle sur Albertine en cinq temps de Michel Tremblay

Bref, c'est cool de la revoir par ici !


Série noire

"En vacances, j'aime lire des polars et j'en lis de tous les genres. Je me laisse surtout porter par l'enquête et comme dans une série télévisée, je tourne les pages du livre, avide de découvrir la suite des événements: sur le moment, je suis complètement happée par l'intrigue, mais souvent, arrivée au point final, je suis à la fois lessivée et déçue, presque fâchée même de ma lecture, car à avoir consommé trop vite et mal, je me rends compte que le livre n'était pas si bon: style indigent, personnages caricaturaux, intrigue assez plate au final: aussi vite lu qu'oublié!

Je suis donc toujours à la recherche de mon polar idéal qui me laissera une marque durable et je dois dire que j'en ai lu un tout récemment qui m'a fait cet effet : une excellente surprise dénichée dans une librairie anglophone (Indigo) au minuscule rayon des livres francophones, d'une auteur québécoise assez connue, mais dont je n'avais jamais entendu parler : Bondrée d'Andrée A. Michaud.

Mon regard avait été attiré par le bandeau rouge énumérant les nombreux prix littéraires remportés par ce roman. Je suis curieuse et avide de découvrir des nouveautés canadiennes : un polar canadien de langue française ? Voilà quelque chose que je n'avais jamais lu! Des polars canadiens anglophones oui, français jamais!
Qu'est-ce que j'ai aimé dans ce roman ? sa couleur locale originale et le style qui en découle à la fois pittoresque et poétique.

Été 67, autour de Boundary Pond (Bondrée en français, d'où le titre éponyme du roman), lieu de villégiature à la frontière canado-américaine où se réunissent familles francophones et anglophones, une jeune fille est retrouvée morte déchiquetée par un vieux piège à ours. Les vacanciers s'inquiètent : accident ou crime sordide ? Lorsqu'une deuxième jeune fille trouve la mort de façon similaire, la psychose s'installe, ressurgit alors la figure mythique et romantico-gothique de Pierre Landry, le trappeur maudit local qui s'était pendu quelques décennies auparavant pour l'amour d'une belle dédaigneuse. Serait-il revenu se venger et hanter les bois de la contrée avec ses pièges d'un autre temps ? Qui se cache derrière ses mises en scène macabres?

Dans cette chaleur humide et étouffante de fin d'été, la tension monte, les langues se délient en même temps que les personnages se laissent envahir par la suspicion, l'angoisse et la culpabilité, à la recherche du criminel ou d'un bouc émissaire qui permettrait à tous de retrouver la tranquillité perdue.

L'histoire est ainsi racontée par différentes voix, nous faisant passer dans l'esprit d'un personnage à un autre : une voix neutre ominisciente qui décrit les faits et les légendes locales, celle d'Andrée, une petite fille de douze ans qui partage ses observations et ses interrogations et qui évoluera psychologiquement au fur et à mesure que l'enquête avance, passant de l'enfant insouciante à l'adolescence nostalgique, les pensées du meurtrier lui-même, hanté par ses souvenirs de tranchée et la figure de Landry, les voix des victimes avant leur mise à mort, les pensées des vacanciers et les états d'âme d'un flic traumatisé par une affaire irrésolue et qui tente de se racheter en se jetant à corps perdu dans cette nouvelle enquête.
Ce n'est donc pas tant l'enquête qui m'a intéressée que l'atmosphère distillée par le roman et les aspects connexes à l'intrigue principale à savoir l'aspect sociologique du roman (la cohabitation entre Anglos et Francos, les relations père-fille/mère-fille, le statut de la nymphette au sein d'une communauté où tout le monde se connaît), les analyses psychologiques très poussées (lorsque le lecteur entre dans la psyché des personnages) et le roman d'apprentissage sous-jacent à travers l'évolution de la petite Andrée.
Le tout est servi par un style unique, croisant avec brio un français classique traversé d'images poétiques saisissantes pour dire le morbide et la beauté éphémère des jeunes filles, des québécismes et des expressions anglaises qui donnent une patte authentique à ce roman des frontières et des contrastes : le français/l'anglais,la légende/le mythe/la réalité, l'humain/l'animal, le civilisé/le sauvage, l'enfance/l'adolescence/le monde adulte, l'innocence et la pureté/le morbide et la culpabilité... 


J'espère que cette entrée en matière vous aura donné envie de lire ce roman. Je trouve dommage que la production francophone canadienne ne soit pas plus diffusée en France. J'ai essayé de chercher pour vous comment vous procurer Bondrée en France : eh bien, ni Amazon.fr ni la Fnac le propose, si ce n'est une version ePub! http://www4.fnac.com/livre-numerique/a7549953/Andree-A-Michaud-Bondree#ficheResume.

Pour en découvrir les premières pages, je vous invite à aller voir directement le site de l'éditeur : https://www.quebec-amerique.com/livres/collections/litterature/tous-continents/bondree-2075.htm

Bonne découverte et bonne lecture !"

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