C'est quoi la mentalité d'expatrié?

mercredi, novembre 13, 2013


J'entends et je lis souvent à ce sujet, et j'aime de moins en moins ce terme. 

Déjà parce que l'on généralise et que l'on met dans le même panier expatrié et immigré.  

Alors petit rappel, ce n'est pas du tout la même chose.

Quand tu immigres, tu vas dans un pays nouveau sans la promesse de trouver un emploi rapidement ou qui te plaise (tu multiplies par 100 le niveau de stress) (surtout si tu es serré financièrement) alors que l'expatrié, lui, a ce tracas en moins. 



Donc (revenons-en à nos moutons) parfois, il y' a ceux qui disent: "Moi, le délire expatrié ça ne m'intéresse pas du tout". Encore une fois, de quoi parle t' on précisément? Parce que tu vois, je n'ai pas l'impression de vivre un délire. Je n'ai jamais cherché à être particulièrement qu'avec des français, d'ailleurs j'ai des amis d'un peu partout. Et en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis, je me suis fait des amis locaux. Oui, c'est possible.

Et puis si on se rapproche les uns des autres, ce n'est pas parce que l'on souffre de la maladie de l'expatrié/immigré hin, mais parce que culturellement on connecte bien. Et puis c'est sûr, être déraciné, loin de ses proches, ça nous lie forcément. On est dans le même bateau tu vois. On se comprend. On s'entre-aide. Alors si ce délire ça veut dire se montrer solidaire et empathique, j'approuve complètement.

Évidemment, il y' aura toujours ces français qui ne restent qu'entre-eux et qui critiquent à tout bout de champ l'endroit ou ils se trouvent, mais dis toi qu'ils faisaient la même chose en France, et qu'ils le feront certainement ailleurs. Et puis ce n'est pas si grave. Oublie les.  

Après, en ce qui concerne les comparaisons, je te rassure, c'est normal d'en faire. Ma mère habite en France depuis presque 40 ans et quand elle dit chez nous, elle parle de l'Allemagne. Et elle aime bien dire que les français sont des râleurs. Et alors? Moi ça ne m'a jamais dérangée. Tant que la comparaison reste fondée. Tant que cela nous permet de prendre du recul et de relativiser.
Je trouve que c'est important de mettre en perspective ce qui existe de bon ou pas dans un pays. Je ne dis pas que c'est le but ultime de l'expatrié/immigré, mais qu'on le veuille ou non, on devient des espèces de porte-parole (y' a qu'à voir tous les blogs qui traitent du sujet), des éclaireurs afin de voir si, oui ou non,  l'herbe est plus verte ailleurs. Du coup, je trouve ça normal de parler des + et des -, car je déteste la publicité mensongère. Et on n'est pas obligé de trouver tout génial sous prétexte qu'on est étranger et qu'on a quitté son pays. Ce côté on-ne-critique-pas car on n'est pas chez nous, très peu pour moi. Aucun pays n'est parfait, te voilà prévenu.


Et surtout, avant de nous pointer du doigt avec notre mentalité d'expatrié, j'espère que tu l'as faite cette expérience de partir loin de chez toi, seul, pendant une longue durée. Parce que crois moi ça demande des couilles, ce n'est pas une sinécure. Alors oui, on a choisi de partir, mais ça ne veut pas dire que notre vie c'est  Alice aux pays des merveilles. On a des baisses de régime (comme toi) et c'est vrai, que dans ces moments là, ça fait du bien de parler avec des compatriotes ou d'autres immigrés. Parce qu'ils trouveront les mots justes. Les mots de ceux qui sont partis.


Bref, à chacun son délire!


Extrait du livre "Nord Perdu"de Nancy Hudson: « L'expatrié découvre de façon consciente (et parfois douloureuse) un certain nombre de réalités qui façonnent, le plus souvent à notre insu, la condition humaine. Le caractère totalement singulier de l’enfance par exemple, et le fait qu’elle ne vous quitte jamais : difficile pour un expatrié de ne pas en être conscient, alors que les impatriés peuvent se bercer toute leur vie d’une douce illusion de continuité et d’évidence. »

7 commentaires

  1. Ton article m'a fait penser au livre de Nancy Huston "Nord Perdu" où l'auteur, Canadienne vivant à Paris depuis 40 ans (elle s'y est installée en 1973), raconte son expérience de "désorientée". Elle remet bien les choses en perspective et explique avec sensibilité et réflexion la situation de l'immigré par choix. Finalement, le sentiment d'éloignement est moins géographique que psychologique et temporel, dans le sens où lorsqu'on est loin, ce sont moins les lieux qui nous manquent que les souvenirs qui y sont rattachés et le chemin qu'on a parcouru qui nous éloigne de plus en plus de l'enfance ancrée dans le pays d'origine, c'est ça qui crée le sentiment de nostalgie.
    « L'expatrié découvre de façon consciente (et parfois douloureuse) un certain nombre de réalités qui façonnent, le plus souvent à notre insu, la condition humaine. Le caractère totalement singulier de l’enfance par exemple, et le fait qu’elle ne vous quitte jamais : difficile pour un expatrié de ne pas en être conscient, alors que les impatriés peuvent se bercer toute leur vie d’une douce illusion de continuité et d’évidence. »

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  2. Bien vrai tout ça, coup de gueule justifié! ^_^
    Lorsque je vivais en Irlande, je me rapprochais inévitablement de mes collègues de travail français, malgré ma volonté initiale d'éviter ça à tout prix. En fin de compte, ça fait du bien, c'est comme remettre un pied chez soi avant de le faire réellement.

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  3. Oui, ca ne doit pas du tout être facile de partir des mois loin des siens et de son pays...Moi j'ai de l'admiration pour les gens qui osent partir :) Et c'est normal qu'une communauté d'expatriés se crée dans certains quartiers, villes ou pays, c'est même plutôt chouette :) bisous!

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  4. J'ai envie de te dire un gros merci pour cet article ! Tout le monde confond expatrié et immigré. Tout le monde pense que le Canada (ou partir vivre ailleurs) c'est vivre au pays des Bisounours. Pire, certaines personnes pensent qu'on voyage quand on vit à l'étranger. Hors, en ayant que 2 semaines de vacances par an au Canada, on ne voyage que deux semaines par an (quand on ne rentre pas en France), c'est plutôt rythme métro boulot dodo comme à Paris.
    L'expatrié par pour une durée déterminée. L'immigré part pour une durée indéterminée... C'est tellement différent ! Cela me donne aussi envie de pondre un article sur le sujet tiens !

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  5. Merci les filles pour vos commentaires! J'avais peur qu'il soit un peu "agressif" alors ça me rassure de voir qu'il est apprécié. Écris l'article Lili, car c'est à force de le répéter que les gens vont finir par comprendre! :)

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  6. Le truc marrant c'est que en plus des français tu te rapproche aussi plus facilement des autres européens (beaucoup plus que si tu étais en France) car eux aussi sont dans le même bateau. Après avoir trouvé un certain équilibre j'ai pu me faire des potes américains, avec qui je partage maintenant une culture un peu plus commune!

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  7. Je me demandais pourquoi je ne me retrouvé pas du tout dans la description d' "expatrié", c'est parce que je ne suis pas expatriée, je suis immigrée. Merci pour cette compréhension :)

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